Nicolas Jolivot

jeudi 17 septembre

Voyages dans mon jardin (19) et séjour en Picardie

septembre1

 

Le couple de pigeon vit d'amour et d'eau douce. Leur nid dans le laurier est fabriqué sommairement de grosses brindilles à la croisée des branches. Rien à voir avec celui du merle, finement tressé, confortable et douillet, agrémenté de petits morceaux de plastique. Le pigeon mâle et sa compagne sont fusionnels, ils passent leur vie ensemble, construisent le nid le matin, passent deux ou trois heures en été à chercher leur nourriture et vont en fin de journée se bécoter sur les fils électriques.

Dans la fleur : Eristale (Eristalis) / Hibiscus des Marais (Hibiscus moscheutos) variété Luna / Bombyle Hottentot (Villa Hottentotta) : cette sorte de mouche velue qui passerait de loin pour une abeille pratique aisément l'art du vol stationnaire. Pigeon ramier (Columba palumbus) / Sedum remarquable (Hylotelephium spectabile) / Cyclamen de Naples (Cyclamen Hederifolium) : Tubercule.

Voyages dans mon jardin : le projet de livre avance. Le contrat devrait être signé en fin de mois et la publication prévue pour le second semestre 2021. Actuellement, je suis en résidence d'auteur en Picardie, invité par la Communauté de communes de Picardie-des-Châteaux. J'y ai passé une semaine en août pour repérer le terrain et découvrir une région que je ne connais pas…

picardie

 

coucy

 

J'y retourne pendant la dernière semaine de septembre pour rencontrer les élèves des écoles et pour participer à la Fête du livre de Merlieux. Puis j'y retournerai une dernière fois la première semaine de novembre.

Affiche-JPEG-Nicolas

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samedi 01 août

Voyages dans mon jardin (17)

juillet-4

 

16 juillet

Je me suis tellement exercé à observer le jardin dès que je quitte l'atelier pour aller me dégourdir les jambes entre les plates-bandes, que j'y remarque des présences occasionnelles auxquelles je n'aurais naguère pas prêter attention. Depuis la cour, et du coin de l'oeil, j'ai repéré un papillon clair voletant près du brugnonier. J'ai pensé à l'un de ces trois ou quatre piérides du chou qui se promènent quotidiennement, mais quelque chose m'intriguait, alors je suis allé voir. Ce papillon était en fait un superbe Flambé. A son vol saccadé succédait de temps en temps un vol plané. Cette particularité du plus bel effet m'avait alerté inconsciemment.

Patience (Rumex pulcher) : hampe sèche / Flambé (Iphiclides podalirius) / Hélophile suspendu (Helophilus pendulus) / Glaïeul (Gladolius) : fleurs sèches sur pied.

 

juillet-5

 

27 juillet

Une douzaine de scolies volent frénétiquement au ras du sol sur un seul mètre carré. Je me demande bien pour quelles raisons ces guêpes inoffensives et silencieuses ont choisi précisément cette partie du jardin. Les Notes faunistiques de Gembloux me donnent la réponse : elles cherchent des larves de cétoine, fouissent le sol quand elles en trouvent une pour la paralyser d'un petit coup de dard et pondre à l'intérieur. Effectivement, cette parcelle de jardin était restée deux ans couverte de détritus végétaux et, quand je l'ai nettoyée à la fin de l'hiver dernier, j'y ai trouvé quantité de vers blancs de cétoine.

Anomalies potagères dans la récolte de tomates et de pommes de terre / Ancolies (Aquilegia vulgaris) : follicules et graines / Scolies (Scolia hirta) sur des feuilles de betteraves rouges. En arrière plan, du céleri branche / En janvier, j'avais placé quelques vers de cétoine dans un bocal rempli de terre que j'avais rangé dans le garage à vélos. J'ai humidifié le contenu deux ou trois fois pendant les derniers mois, et puis j'ai regardé à l'intérieur hier : les vers se sont fabriqués une coque avec de la terre et de minuscules déchets organiques. Cette coque abrite leur transformation lente (nymphose) entre le stade de la larve et celui de l'insecte vert doré qui s'en échappera.

 

5CHIFAN

 

Bonne nouvelle : les droits de mes cinq livres publiés chez HongFei ont été achetés par une maison d'édition chinoise. Mon nom en chinois : 乔 立 伟 (Qiáo lì wěi)

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lundi 20 juillet

voyages dans mon jardin (16)

nenu

 

5 juillet

Cette année, je compte au total huit grenouilles (Pelophylax esculentus) dans les bassins. Elles ont la belle vie, elles passent l'après-midi à bronzer au soleil et, de temps en temps, elles piquent une tête dans l'eau quand je passe à leur proximité.Si elles s'ennuient, elles changent de bassin. Heureusement pour le voisinage, elles sont discrètes : quelques coassements en forme d'aubade juste avant le lever du soleil et quelques autres en sérénade au coucher, pas plus forts que les sifflements de Tino le merle.

Groseilles à maquereau (Ribes uva-crispa) / Prunes jaunes (Prunus domestica) variété Golden Japan / Dans le bassin : Gerris (Gerrinae), ils peuvent marcher sur l’eau / Petites feuilles à fleurs blanches : Morène ou Grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae) / Fleur de Nénuphar (Nymphaea fabiola).

 

ipomee

 

Le ventre de la chenille poilue du papillon Bombyx de la ronceJoubarbe des toits (Sempervirum tectorum) en fleur sur une variété qui semble être "subsp.arvenense", c'est à dire provenant d'Auvergne. Grande sauterelle verte (Tettigonale viridissima) : ici une femelle. Elle possède sous les ailes une tarière, long organe de ponte / Gaura (Gaura lindheimeri) / Libelle (Corlulégaste boltoni) : accrochée au bord du bassin, elle vient de quitter son exuvie. J'ai pu assister à son premier vol après qu'elle a fait battre sur place pendant quelques minutes ses deux paires d'aîles pour les défroisser. Ipomée (Ipomea purpurea) : J'avais rapporté des graines du village de Fuyihe, au bord du Fleuve Jaune, en Chine, persuadé que cette variété était originaire de la région, qu'elle y était l'équivalent naturel de notre liseron des haies. En fait, après de courtes recherches, j'ai appris que l'ipomée est originaire… du Mexique. Un habitant du village de Fuyihe aura donc fait comme tout un chacun : il a acheté un sachet de graines !

 

loriot

 

9 juillet

En sortant sur le perron, je l'ai vu pour la première fois de ma vie, perché quelques secondes dans le sumac, puis il s'est enfui, un éclat jaune tellement inhabituel que je croyais à l'effet miroitant du soleil sur les verres de mes lunettes. Je n'aurais peut-être jamais la chance d'en revoir un dans le jardin tant il est farouche. Et, de plus, il part dès l'automne en Afrique pour ne revenir qu'au printemps, en volant la nuit, puis il niche au sommet des plus hauts peupliers. Cette rencontre fugace et si rare m'a laissé ébloui toute la journée : j'aurais vu, un jour, pour de vrai, un loriot !

 

 

 

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mercredi 01 juillet

VOYAGES DANS MON JARDIN (15)

fauvettes

 

28 juin

Deux merleaux viennent de quitter le nid. Après avoir laissé la première couvée dans la cabane abandonnée finalement trop accessible aux chats, Tino et sa merlette sont allés nicher dans le grand laurier, à une hauteur où même les chats les plus habiles ne se risquent pas. Une tourterelle turque y couvait déjà. J'ai trouvé ses deux œufs blancs au sol, l'un cassé et l'autre intact. Je me demande si les merles ne les ont pas tout simplement virés par dessus bord pour être les seuls à nicher dans l'arbre en toute tranquillité. Les deux merleaux sont rondouillards et leurs ailes encore fragiles. Ils passent l'essentiel de leur temps au sol en avançant par petits bonds. En cas de danger, ils réussissent à s'envoler mais la fuite est courte et désordonnée. Alors Tino et la merlette veillent encore. Ce midi, pour la seconde fois en trois jours, Tino a poussé son cri d'alerte, des "teu-teu-teu-teu" répétés rapidement. Je suis allé vers lui et lui aussi est venu vers moi. D'habitude, les oiseaux du jardin ne volent pas vers les humains mais plutôt dans le sens contraire ! Il s'est posé au sol en me regardant, toujours piallant. Effectivement, sous les canas, j'ai vu la queue du chat, comme la dernière fois. J'ai fait fuir la cause de ce charivari ; Tino est reparti se poser sur le mur. Maintenant j'en suis sûr, Tino sait que je l'entends et le comprends. J'ose à peine raconter cette histoire : on va croire que le confinement prolongé dans le jardin me rend gentiment simplet et je risque de me faire appeler François d'Assise…

Merle noir (Turdus merula) : juvéniles / Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) : dans le prunier-cerise ou Myrobolan (Prunus cerasifera) / Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) : la calotte de la femelle est marron. Oeuf de tourterelle turque (streptopelia decaoto) comparé à celui du merle, et à une pièce d'un euro..

 

cahiers

 

1963 : Les cahiers de jardinage

Depuis avril 1963, le grand-père Jacques labourait le terrain avec un motoculteur monoroue Staub. La machine bleue pâle me faisait peur tant elle ressemblait à un insecte géant. L’année du grand pas pour l’Humanité, en 1969, le grand-père fit son premier pas dans la terre meuble derrière une motobineuse Hako, plus légère et stable, qu’il conserva toujours, l’entretenant méticuleusement en faisant chaque année une vidange et un plein d’huile, notant tout dans son cahier de jardin. Je pense qu'il en tenait un auparavant, mais ceux que j'ai pu conserver commencent au premier janvier 1963. Il y note la date et la nature de ses semis, ses repiquapes et ses plantations, parfois l'endroit. Il n'oublie jamais de préciser la variété. A cette époque, on ne cultive pas du poireau, mais du poireau de Solaize ou du Monstrueux de Carantan. On ne mange pas de la salade, mais de la Cornée d'Anjou ou de la Blonde paresseuse. Ces carnets ne contiennent ni état d'âme ni confidence, ils sont purement fonctionnels. Tout au plus, on voit des zéro pointés rajoutés à la fin d'une ligne pour mentionner une récolte médiocre, ou une annotation du style "planté trop tard". Il fallait bien que ces cahiers, en plus de dresser un état des lieux puissent servir à améliorer les futures plantations. Le progrès galopa vite dès ce moment dans la maisonnée. Le poste de télévision apparut en 1970, l’appareil photo couleurs en 1971, puis, en 1975, les toilettes quittèrent le jardin pour un petit local dans la cuisine. Finies les corvées de pot de chambre. Et, enfin, le téléphone s’installa sur une petite table basse près du buffet de la salle à manger. « Depuis le premier mars 1977, nous avons le téléphone. Je me sens moins seule, je sais qu’au bout du fil il y a une présence » note ma grand-mère dans son journal. Fini aussi le temps où, en cas de force majeure, elle allait téléphoner ou répondre à un appel urgeant chez un voisin, ce qui devait lui coûter, elle dont la première obsession était de ne déranger personne. Grand-mère Gillette tenait aussi son cahier. En bonne ménagère née avant guerre, elle y notait toutes les dépenses et les recettes du foyer avec des totaux proprement surlignés en fin de mois. Contrairement à son mari, elle se confiait parfois et notait des conseils entendus sur Radio Luxembourg. 

Laitue gotte et Poireau Bleu de Solaize.

 

legumes

 

 

 

Une partie des légumes cultivés par le grand-père pendant les années soixante. Pas un seul végétal n'était acheté dans le commerce, sauf les arbres fruitiers. Je me rends compte, en faisant pousser quelques-uns de ces légumes pour le plaisir d'en manger deux ou trois cuisines combien il fallait consacrer un temps fou dans le jardin pour nourrir une famille ! 

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dimanche 21 juin

VOYAGES DANS MON JARDIN (14)

cineraire

 

Clairons des abeilles (Trichodes alvearius) sur séneçon cinéraire ou cinéraire maritime (Jacobaea maritima) et liseron des champs (Convolvulus arvensis).

 

hp

 

20 juin

Il y a une dizaine d'années, j'ai récupéré quelques racines d'Asclépiade de Syrie dans un jardin depuis longtemps abandonné dans le quartier. J'espérais que cette plante me donnerait ses fruits si particuliers qui ressemblent à des petites perruches (d'où son nom commun d'Herbe aux perruches). J'espérais aussi, sans y croire bien entendu, que cette plante originaire d'Amérique et hôte du monarque accueillerait la chenille de ce fabuleux papillon. Rien de tout cela n'est arrivé, jusqu'à présent, seules quelques boules de fleurs odorantes et des feuilles maltraitées par des colonies de pucerons jaunes (crytomyzus ribis) qui sont le régal des coccinelles poussent jusqu'à un mètre cinquante de hauteur. Quand des petites bestioles ennemies lui attaquent les racines, l'asclépiade ne dégage pas de substances toxiques, elle sécrète des composés volatils qui attirent des bestioles amies qui viendront dévorer les premières. Subtile…

Grenadier (Punica granatum) : l'ami Pascal m'a apporté un grenadier en pot et m'a raconté son histoire : " Nous étions il y a près de 2 ans en Crète avec une petite troupe dans un village d'un autre temps, perché sur le flanc de la montagne avec des maisons en ruine témoignant de l'exode de ces lieux. Nous faisions une pose sur une place quand une petite vieille sans âge, habillée de noir, nous a lancé depuis son jardin situé en contrebas, des grenades. J'ai récupéré des graines que j'ai fait germer et qui se sont métamorphosées en jeunes arbustes prometteurs". Il me reste à trouver le bon emplacement dans le jardin, en imaginant quelles proportions il pourrait avoir dans dix ans… / Chenille du machaon (papilio machaon) sur une tige de fenouil. / Gymnosome arrondi (gymnosome rotundatum) : une toute petite mouche qui mange les larves de punaises et qui ressemble à une chimère : un haut de mouche et un bas de coccinelle. / Bouillon-blanc (verbascum thapsus) : cette année, la plus haute hampe mesure deux mètres et dix centimètres, record battu dans le jardin ! / Achillée jaune (achille filipendula) / Coccinelle à damier (propylea quatuordecimpunctata) : coccinelle dite aussi "à quatorze points", aussi minuscule que son nom savant est long ! / Nigelle des champs (nigelia arvensis) : à ne pas confondre avec la nigelle de Damas qui a plus de pétales. Cette fleur sauvage originaire des contrées méditerranéennes s'adapte fort bien dans le nord-ouest sur des terrains calcaires.

 

1947

 

1948 : Le jardin vivrier du grand-père Jacques

Mon grand-père a passé sa vie entière dans le jardin, hormis dans les années quarante. Trop jeune pour être mobilisé au début de septembre 1939, il passa, l'année suivante, un semestre dans un Chantier de jeunesse en Provence avant d'être appelé au Service du Travail Obligatoire, dans un premier temps à Brest, puis dans une fabrique de métier à tisser près de Dûsseldorf. "Il est revenu tellement maigre et atteint du scorbut, que je l'ai à peine reconnu à  la gare" racontait Gillette, qui était sa femme depuis août 1941. Comme on disait à l'époque, il fallait, après cette période mouvementée qui sépara les amoureux, "rattraper le temps perdu". La chose fut si bien faite, qu'en mai 1946 naquit un petit Gilles puis son frère Christian trois ans plus tard. En 1947, Jacques acheta la maison et le jardin à sa mère Suzanne qui avait trouvé mari et logeait ailleurs, en acceptant par viager que sa grand-mère Eugénie et sa tante Baptistine y logent jusqu'à leur décès. Ce qui ne tarda point d'arriver. Un an plus tard, Jacques occupa à nouveau la maison et son jardin, non plus avec les lingères, mais cette fois-ci avec femme et enfant. Les conditions de vie pendant l'après-guerre étaient encore difficiles. Jacques produisit dans le jardin tout ce qu'il fallait pour vivre sans rien acheter, ou si peu : des fruits, des légumes, éleva des lapins et des poules. Chaque soir de sa vie ou presque, dès lors, il bêcha, bina, sarcla, sema, planta, tailla pour améliorer deux petits salaires, celui d'un affûteur de scies dans une menuiserie et celui de couturière à domicile. Quand elle ne confectionnait pas sur mesure les culottes des cavaliers de l'école de Cavalerie, Gillette tricotait, coupait, cousait, montait tous les habits des enfants.

Navets Boule d'orCueillette des cerises, 1950 / Tomates Saint-PierreDans l'entrée du jardin, au pied du pignon de la maison, quatre générations se rassemblent un jour d'été 1946. Des trois lingères, deux logent encore dans la maison, madame Eugénie et sa fille Baptistine. Mademoiselle Suzanne a trouvé mari. Son fils Jacques, sa brue et son petit-fils viendront bientôt occuper définitivement les lieux. / Fusain du Japon (Euonymus japonicus) : les fusains nains, en bordure d'allée dans l'entrée de la maison, ont été plantés juste avant guerre. Dans les années quatre-vingt-dix, j'ai dû les déplacer. Ils ont repris facilement. Par contre, ils sont de plus en plus atteints par la maladie. Je les taille alors très ras et ils repartent.

 

 

 

 

 

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jeudi 11 juin

VOYAGES DANS MON JARDIN (13)

crapaud

 

4 juin

L'an dernier aussi, j'ai repêché Mémère dans le bassin. Mémère est le nom de la crapaude reine du jardin. Généralement, les crapauds ne fréquentent les points d'eau qu'au moment de la reproduction mais il arrive aussi qu'au bout de plusieurs jours de chaleur sèche, ils viennent prendre le frais au bord du bassin. Et plouf ! Mémère tombe dans le bassin. Un crapaud sait nager, mais en l'absence de rebord pour se reposer et pour s'en servir de sautoir, il peut se noyer d'épuisement. Comme l'an passé, j'ai donc repêché Mémère avec une épuisette. Elle habite dans le jardin depuis de longues années. Je ne sais pas où elle a hiverné, par contre je sais qu'elle va prendre ses quartiers d'été au pied de la maison, là où le soleil pointe peu ses rayons, et sous le robinet où se raccorde le tuyau d'arrosage (de douche). Une petite fuite d'eau ponctuelle laisse tout l'été une humidité qui lui convient. Certaines nuits caniculaires, je l'entends sortir de son trou et la vois avancer de sa démarche lourde sur les pavés devant l'atelier.

Je n'ai pas de répulsion envers les crapauds. Ce sont des gens sympas, pas gênants, pas bruyants, et qui m'aident à réguler la prolifération des escargots et des limaces. Ils ne pissent pas dans mes mains quand je les prends, n'envoient pas non plus un jet d'urine droit dans les yeux comme le voulait une légende de mon enfance, et leurs verrues ne sont pas urticantes. En cours élémentaire, j'ai eu la chance d'avoir un instituteur qui jouait de la guitare, roulait en méhari, chaussait des sabots et portait les cheveux longs. Il avait installé un terrarium au fond de la classe. On pouvait y observer une belle femelle crapaud jaunasse large comme la main accompagnée de plusieurs crapelets que nous avions fini par adopter. Depuis cette époque, j'ai de la sympathie pour ces animaux.

Il me semble que les crapauds du jardin étaient jusqu'à présent du genre Bufo bufo, l'espèce commune du crapaud. Cependant, Mémère, avec ses beaux yeux très rouges, une collection de boutons invraisemblable sur la peau, une taille de 12 centimètres de long et quelques autres particularités, pourrait être une crapaude épineuse (Bufo spinosus). Présente dans l'Ouest de la France surtout, cette sous-espèce est devenue une espèce que très récemment, après la découverte que Bufo bufo et Bufo spinosus ne couchent pas ensemble. / Pupe de coccinelle sur une silique de pastel. La pupe est le stade intermédiaire entre la larve et la coccinelle définitive, une sorte de chrysalide. / Seules les lourdes abeilles charpentières et quelques gros bourdons peuvent forcer le calice et peser sur la corolle pour butiner à l'intérier d'une fleur d'acanthe. A l'intérieur, quatre sortes de petites brosses appliquent le pollen sur l'insecte. / Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) dans sa version noire à quatre taches rouges.

 

hemerocalle

7 juin

Depuis bientôt un an que j'observe attentivement les insectes du jardin, je constate qu'environ un quart de ceux que j'ai dessinés n'existaient pas dans le nord de la France quand j'étais enfant. Je n'avais strictement aucune chance de les voir en jouant dans le jardin. L'intensification rapide des échanges économiques et touristiques internationaux et le rechauffement climatique sont en train de bouleverser, forcément, et sans que nous en rendions compte sur le moment, l'écosystème d'un petit bout de terrain. 

 Pastel des teinturiers (guède) en fruits (Isatis tinctoria) / Sphex du Mexique (Isodontia mexicana) : apparue dans le sud de la France au début des années 60, cette sorte de guêpe toute noire et inoffensive aurait profité de la canicule de 2003 pour s'établir aussi dans le nord. Hemerocalle citron (Hemerocalle citrina) se développe tranquillement depuis que j'en ai rapporté une racine de la campagne chinoise du Sichuan où il pousse naturellement. / Desssus se promène Callidie sanguine (Pyrrhidium sanguineum). / Rue officinale ou rue des jardins (Ruta graveolens) : son odeur est totalement atypique, avec des senteurs de fête foraine. On ne s'en sert pas localement car elle peut être toxique au delà d'une certaine dose, mais j'ai souvenir d'avoir bu des cafés parfumés aux feuilles de rue en Ethiopie. Gaillet gratteron (Galium aparine) : herbe sauvage (avec ses double boules rouges qui restent coller aux chaussettes).

prele

10 juin

La première fois que j’ai vu dans la vase que je retirais du bassin aux nénuphars cette larve noire et hideuse à faire peur, version miniature de la vedette du film Alien, j’en étais presque dégoûté. Quelques années plus tard, quand j’ai su ce que ces bestioles molles devenaient, j’ai eu un moment d’éblouissement. Cette larve disgracieuse donne naissance à la plus élégante créature que le jardin puisse accueillir quand ma compagne n’y est pas : la libellule. Maintenant, quand je vois une mue sèche de cette larve accrochée sur une tige de prêle, je sais que son occupante, libérée récemment de son armure aquatique, volette, légère, dans le ciel du quartier.

Demoiselle mâle (Calopteryx splendens) sur prêle géante.

 

Dans la rubrique : Je sors parfois du jardin :

Le samedi après-midi 13 juin, je serai à la médiathèque Aimé Césaire d'Amboise avec mes carnets de voyages originaux.

Du 27 juin au 27 juillet, je pourrai étaler une grande exposition dans l'espace Rives d'Arts aux Ponts-de-cé (tout près d'Angers). Espace culturel municipal charmant tout au bord de la Loire qui fut autrefois une usine d'hameçons et de matériel de pêche !

A3 expo Carnets de voyages Nicolas Joliv

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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samedi 30 mai

VOYAGES DANS MON JARDIN (12)

pr

 

14 mai

Il faut parfois regarder avec beaucoup d'attention pour voir bouger le jardin : en observant une grenouille qui venait de déménager de bassin, j'ai remarqué dans l'eau trouble une demi douzaine d'alevins gris de poissons rouges. Juste quelques petits reflets brillants sur l'onde trahissaient leur présence de nouveaux nés. Il faudra attendre un an ou deux avant que leurs écailles ne commencent à se teinter de couleurs vives.

Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias) / Coccinelle de la bryone (Chloromyia) : et sa larve hirsute. Dans le nord de l'Europe, elle ne vit que sur la bryone. Dans le sud, elle profite essentiellement du melon. Elle est aussi appelée coccinelle à 11 points. En fait, elle en a douze, mais les deux points du haut sont presque collés en un seul. / Fraises (Fragia) : une variété, dans le genre fraises blanches Anablanca, qui prolifère et que je dois quand même canaliser. Leur chair et leur goût sont différents des fraises habituelles. A la maison, on les appelle "fraises tagada". Oedemère noble (Oedemera nobilis) : seuls les mâles possèdent des "cuisses d'altérophile", de gros fémurs postérieurs. / Coléoptère noir : Petite biche (Dorcus parallelipipedus) / Au-dessus des poissons : Gonocère (Gonocerus acuteangulatus).

 

roses

 

27 mai

L'été ne commence pas le 21 juin comme indiqué sur le calendrier. Dans le jardin, il débute le jour ensoleillé où l'on peut ramasser les griottes et en faire le premier clafoutis. Le jus acide des cerises coule le long des bras, colle et gratte sur le ventre. L'été commence donc aussi rituellement par la première douche rafraîchissante au tuyau d'arrosage. Maintenant que mon fils cadet est vigoureux comme une pousse de bambou, il participe à la récolte et apprécie la douche tonifiante.

Roses / Cerises ou griottes de Montmorency (Prunus cerasus) : le premier clafoutis aux griottes de l'année. En langage vulgaire : "une tuerie" ! / Roses de Damas (Rosa damascena) visitées par des cétoines doréesLes pieds de roses de Damas du jardin proviennent de la vallée du Dadès, au Maroc. Je les ai rapportés en 2003 après avoir assisté à la cueillette des pétales (pour fabriquer de l'eau de rose ou du savon parfumé) et à la fête (moussem) des roses d'El Kelaa des M'Gouna. / Fatima, Boulmane du Dadès, 2003.

 

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mardi 26 mai

VOYAGES DANS MON JARDIN (11)

chenilles

 

Cucullies du Bouillon-blanc (Shargacucullia verasci) : Ces chenilles ne vivent, dans le jardin, que sur les feuilles de la Molène (Bouillon-blanc). Très colorées, ces chenilles longues comme un demi doigt ne deviendront pourtant que des papillons de couleur marron terne.

 

coquelicots

 

20 mai

Pendant des jours et des jours, les boutons de coquelicots pendent la tête vers le sol. Et puis, un soir, l'un d'eux se redresse. Le lendemain matin, très tôt, avant le lever du soleil, ce bouton perd ses deux sépales protecteurs et ses pétales se défroissent, se tendent vers les premiers rayons du soleil. A cet instant, tous les insectes se roulent et butinent dans la corolle. Ils font presque la queue les uns derrière les autres ! A midi, la tige et sa corolle sont droites comme un "i", dirigés vers le zénith et déjà moins visitées. Le soir, par temps venteux ou par grosses chaleurs, les pétales tombent déjà, s'éparpillent. Il ne reste plus alors que le sobre calice qui renferme les graines qui pourront rester des années à végéter. C'est dire la fulgurance de la floraison.

La moitié des coquelicots du jardin n'ont pas de taches noires à l'onglée des pétales et ils ont des poils rougissants sur le bouton et la tige. C'est une sous-espèce : pas des Papaver rhoeas mais ce sont des Papaver strigosum. / Fleur de pomme de terre et plant piqué de betterave crapaudine. / Chloromye agréable (Chloromyia) : ici, l'abdomen est vert cuivré, il s'agit d'un mâle. La femelle a des reflets violets et les yeux plus écartés.

 

 

 

 

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jeudi 07 mai

VOYAGES DANS MON JARDIN (10)

gasteropodes

 

4 mai

Les escargots m'ont toujours fasciné. Enfant, j'organisais des courses de ces bêtes à cornes par phases éliminatoires, en leur collant de minuscules dossards en papier sur la coquille, pour décerner, après demi finale et finale, la médaille d'or olympique à la plus rapide d'entre elles. A l'adolescence, j'ai souvent commencé des élevages d'escargots destinés à la vente pour les habitants du quartier. Je n'en ai pas vendu un seul, et l'abandon rapide de mon activité fort peu lucrative favorisait l'échappée de plusieurs centaines de gastéropodes d'un seul coup avec les conséquences ravageuses et heureusement momentanées qu'on peut imaginer sur le potager. Depuis, je me contente de les manger. Je serai certainement le dernier à ramasser les escargots de mon jardin, à les faire jeûner tout en les alimentant d'une patouille de farine et de vin rouge, à les faire baver sous du gros sel, à les ébouillanter dans un court-bouillon parfumé, à les reloger dans leur coquille et à boucher le tout avec un beurre persillé.

Les jeunes gens, quand je raconte cela, font une mine dégoûtée, tout en s'étonnant qu'il puisse y avoir encore des survivances de pratiques moyenâgeuses dans leur entourage. Je pensais exactement comme eux quand mon grand-père, après avoir soigneusement élevé ses lapins, en attrapait un par les oreilles le samedi matin, le suspendait par les pattes, lui faisait la peau, laissait goutter le sang et le découpait dans le plat après cuisson le lendemain au milieu des petits pois.

Pour l'heure, il n'est point question de ramassage, car la période est à la reproduction et le bord de la coquille, le péristome, n'est pas encore solidifié. Il me faudra attendre juillet-août.

Escargots Juvéniles / Escargot Petit-gris (Helix aspersa aspersa) qu'on appelle aussi luma dans ma région. / Escargot des jardins (Cepaea hortensis) : je ne vois plus ces mêmes escargots jaunes quand ils sont cerclés de lignes de couleur sombre. Bryone dioïque (Bryoniadioica) : Navet du diable. Cette plante grimpante sauvage avait inventé depuis longtemps le cordon téléphonique ! Elle croît à une vitesse vertigineuse, de cinq à dix centimètres par jour. Ronce commune (Rubus fructicosus) : La fleur. / Reproduction des escargots Petits-gris. / Accumulation importante de chenilles Piéride du chou sur une tige de pastel des teinturiers.

 

jgp

 

 

Les plus vieux souvenirs que j’ai de ce grand-père datent du tout début des années soixante-dix. Il avait une cinquantaine d’années. Il portait toujours un béret que je m’amusais à lui chiper pendant qu’il s’endormait le soir devant la télé. Je me souviens de la forte odeur de cuir chevelu mêlée à celle du tabac gris sur cette rondelle de feutre. Je n’ai aucun souvenir de lui sans son bleu de travail. Soit il jardinait, soit il bricolait. Jamais je ne l’ai vu faire autre chose. Taiseux, il ne sortait jamais, ne recevait pas plus, il avait très peu d’amis. Longtemps je n’ai pas pu imaginer qu’il fût jeune. Il était évident qu’il avait toujours existé avec la même tête, avec ses mêmes grosses mains noueuses tachées et veinulées. Jusqu’au jour où j’ai trouvé une photographie de lui, jeune, datant de 1936, habillé en joueur de football et posant dans le jardin. Quoi ! mon grand-père jouait au foot ? Il portait déjà une calotte sur le crâne ! Il fut donc un temps où il avait la cuisse claire sous un short et jouait avec une équipe de jeunes de son âge ! Invraisemblable !

 

Sur ce dessin, réalisé à partir d'une photographie de 1936, on peut voir que l'ancien bassin, au premier plan, a été comblé pour en faire un parterre de fleurs (dont des lychnis), que l'allée centrale est bordées de bouillées de fusain récemment plantées, et qu'elle est surmontée d'un arceau et d'une boule miroir qui resteront en place jusque dans les années soixante. Sportif et bricoleur précoce, le grand-père avait fabriqué un portique pour pratiquer les anneaux (en arrière plan). Au fond de l'allée, le poulailler. Sur le tronc d'arbre débité qui sert de socle, un protège pot en fonte porte un géranium. Ce protège pot est toujours dans le jardin et accueille maintenant de l'orpin. Le pot en terre cuite sur son socle, page de gauche, est aussi l'un des rares éléments qui sont restés dans le jardin depuis les années trente.

 

 

 

 

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mardi 28 avril

VOYAGES DANS MON JARDIN (9)

glycine

 

Abeille charpentière (Xylocopa violacea) : bien qu'elle soit de taille impressionnante et fasse un boucan d'enfer en vol, elle n'est pas dangereuse car elle ne possède pas de dard. / Glycine (Wisteria floribunda). / Cétoine grise (Oxythyrea funesta). / Une fleur du pommier Reine de reinettes sert de chambre nuptiale à un couple de cétoines grises, dîtes aussi cétoines funestes. / Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) : les feuilles servaient autrefois à fabriquer le bleu indigo naturel. / Ciboulette en fleur (Allium shoenoprasum).

 

chat

 

11 avril

Madame merlette couve. Tino veille. J'ai appelé ce merle Tino car avec son plumage noir brillant qu'on dirait lustré à la gomina, son sifflement matinal de bellâtre et son comportement de fieffé mâle, il me rappelle des acteurs italiens d'autrefois. On a tort de croire que la femelle fait tout le boulot. Mine de rien, Tino fait son job lui aussi : il vire du jardin tous les oiseaux indésirables. Ce matin, il n'a pas hésité à faire fuir le jeune chat gris des voisins. Madame merlette poussait des cris, Tino aussi, tout en battant des ailes et en remontant sa queue, un barouf pas possible ! Quand madame merlette sort pour casser la croute, il va se poster sur le mur du fond du jardin et jette un oeil sur le nid vide et un autre sur sa compagne qui revient fissa se coucher avant les fraîcheurs du soir.

Punaise (Rhaphigaster nebulosa) : une version "asiatique" presque semblable occupe depuis peu les jardins : la punaise Marbrée ou Diabolique (Halyomorpha halys) dont les taches blanches sur les bords sont plutôt triangulaires. / Clyte Bélier (Clytus Arietis) : en plus d'une grande vivacité, ce coléoptère possède un atout de poids, il s'est paré des codes couleurs de la guêpe ! / Pisaure admirable (Pisaura mirabilis) : sur un pétale de fleur d'iris, cette araignée est dite "admirable" parce qu'elle s'occupe un peu de ses petits après leur naissance. / Le nid de la merlette avec ses trois oeufs.

 

jasmin

Hanneton (Lelolonthinae) : trouvé mort sous un tas d'herbes sèches. / Jasmin en début de floraison (Jasminum). / Rose du père Hugo (Rosa Hugonis) : Plant sauvage rapporté des bords du Fleuve Jaune, en Chine, et conservé soigneusement, les racines constamment humidifiées, dans mon sac à dos. Ce rosier sauvage a été découvert et rapporté pour la première fois en Occident en 1899. / Muguet (Convallaria Majalis) : j'ai appris récemment que le muguet, sous ses charmantes clochettes et derrière son nom agréable, est l'une des plantes les plus toxiques du jardin. En fleur le 18 avril cette année.Bugle rampant pourpre (Guta reptans atropurpurea).

 

chardonneret

 

Chardonneret élégant (Carduelis carduelis) dans le palmier de Chine que j'ai planté en 2002 et qui atteint ses six mètres aujourd'hui (Trachycarpus Fortunei). J'ai eu la surprise, il y a quelques années, de voir sur une vieille photo du jardin datant des années trente, qu'un palmier semblable avait déjà grandi exactement au même endroit ! Quant au chardonneret, il visite depuis peu le jardin en couple… à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

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